Passions Iberiques (Andalousie)
Samedi 10 octobre 2009 à 20h 30
Salle de l’Esplanade, Arsenal à Metz
En 2000, Amina Alaoui reçoit le Prix « Villa Médicis » pour son investigation musicologique sur les parentés musicales et historiques entre le flamenco, le fado et la musique arabo-andalouse.
De ce travail est né le spectacle « Passions Ibériques ».
Une oeuvre où se rencontrent pour la première fois le luth arabe, la guitare flamenca et la mandoline portugaise montrant ainsi la richesse des sons de chacun, dans leurs différences comme dans leurs moments de synergie et d’empathie.
La voix d’Amina fédère ces échanges et transcende les frontières. Une voix sensuelle et fragile, une interprétation retenue et sensible qui nous laissent en état d’apesanteur.
TARIFS (hors frais de location) : Adultes : 20€ ; Adhérents : 15€ ; Moins de 26 ans : 8€ ; Réduit : 16€
RÉSERVATIONS : Arsenal, Avenue Ney 57000 Metz - Tél. : 03 87 74 16 16 - http://www.metz.fr/arsenal
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ALMORADÍA, par Anima Alaoui
Expression prenant racine dans un terme arabe « morad » qui désigne un souhait, une visée ou un objectif. La terminaison "ía" commune à la langue espagnole et à la portugaise lui donne le sens d’objectivité.
En l’an 2000, j’obtins le prix Villa Médicis pour une investigation musicologique sur ce qui reste du patrimoine musical arabe dans la Péninsule Ibérique et plus spécifiquement dans le Flamenco et le Fado. Je découvris dans mes recherches l’histoire des Morisques à l’époque du XVIe siècle. J’ai essayé de savoir quelle expression et quel répertoire musical ils pratiquaient malgré les interdits linguistiques, religieux et l’acculturation qui leur a été imposé à par l’inquisition instaurée à l’époque. Je me suis rendue compte qu’il était difficile de reconstituer la musique morisque tel qu’elle était pratiquée à cette époque, s’agissant tout simplement d’une tradition musicale basé sur l’oralité donc non notée sur des partitions musicales. La seule logique de faits historiques et sociaux, et quelques témoignages de musiciens m’ont permis par recoupement de conceptualiser la manière dont ils procédaient musicalement et l’expression artistique qu’ils ont développés. Plus je progressais dans la recherche, il semblait évident qu’il n’était pas possible de reconstituer musicalement et de manière scientifique un ensemble d’us et coutume musicale sans avoir des partitions comme base de travail. Cependant, poursuivant cette pérégrination musicale, j’ai jugé plus judicieux de traduire le sentiment que peut ressentir un morisque chanter. Une notion plus abstraite, basée toutefois sur des données historiques, m’offrant plus de liberté dans la création de ce projet de composition musicale.
De toute évidence, il y a une passion commune que partagent aussi bien la musique arabo-andaluse, le flamenco et le fado portugais, qui est liée à la même terre : la Péninsule Ibérique.
Nul besoin d’insister sur des faits historiques et de rappeler la présence de la culture arabe pendant huit siècles, en Espagne et cinq siècles au Portugal. La reconquête catholique met fin à l’identité religieuse musulmane mais point à celle de la culture arabe longtemps enracinée sur le sol ibérique. La mémoire culturelle de huit siècles de cohabitation, bel et bien implantée, était perpétuée par le peuple malgré la volonté de l’Inquisition d’en effacer les traces, en Espagne comme au Portugal. Au-delà du XVè siècle, les Gitans, les Juifs et les Morisques eurent un rôle créatif de passeurs musicaux dans divers styles du patrimoine musical populaire de l’Andalousie.
Dès lors on peut parler de fusion culturelle et artistique, d’Orient et d’Occident, sans cela le Flamenco n’aurait pas l’esthétique que nous lui connaissons. Le contact de deux cultures musicales, la gitane et l’andalouse fait surgir une troisième, totalement nouvelle et inconnue jusque là : la Flamenca. Un tel processus ne s’est produit qu’en Andalousie, on le sait, mais le caractère incomparable du Flamenco vient probablement de l’extraordinaire richesse de l’héritage andalou et du fait que les affinités avec les traditions orientales du peuple gitan ont été beaucoup plus marquantes que dans tous les autres pays Occidentaux.
Il suffit d’écouter le style Andalusí (Arabo-andalou), le Flamenco et le Fado pour se rendre compte que ces expressions musicales vibrent sur un même diapason de sensibilité musicale celui du « Duende » qui ne se manifeste que dans la liberté absolue de l’interprétation, par l’improvisation et l’émotion de l’instant, un moment unique de confidence qui vient du fin fond de l’âme et ne se répète point de la même façon. Ce duende flamenco n’est autre que le « tarab » chez les Arabes, et « provocaçào » chez les Fadistas.
De même, ces trois styles chantent la passion avec une aspiration assez proche et non de façon similaire, en ce qui concerne la solitude de l’affection et la mélancolie. Les portugais l’appellent « saudade », les andalous la nomment « solea » et les Arabes l’appellent « sauda’ » : pour désigner une humeur mélancolique et noire. Un blues ibérique aigre-doux d’une émotion intense et déchirante, puissante et fragile à la fois dont le gémissement profond chante le paradis perdu de l’affect dans la solitude ou de l’espoir face au revers du destin.
Malgré la regrettable idée trop répandue, que rien ne subsiste de cette culture arabe dans la musique ibérique, ces styles de musique sont de proches parents et portent les empreintes d’une histoire commune que la mémoire populaire n’a pas effacé, sinon intégré. Toutefois, nous devons reconnaître leurs différences esthétiques du fait de leurs trajectoires propres au cours du temps et des influences musicales extérieures qu’ils subirent dans leur parcours historique respectif. Au-delà de toute forme de discours académique, la rencontre musicale entre le flamenco, le fado et l’arabo-andalou parle d’elle-même, ces styles peuvent dialoguer musicalement ensemble, converger sur des sonorités communes et diverger de part leur caractéristiques propres…Ceci enrichit plus qu’il ne désunie. Ce concert ne cherche pas à reconstituer un passé, ni de reproduire un style défini déjà entendu. Je propose une œuvre musicale originale et inédite, tentant d’allier et de trouver une cohérence entre les sons musicaux de la musique Arabo-andalouse, du Flamenco et Fado ; sur des poèmes en langue espagnole, portugaise et en arabe. Une oeuvre où se rencontrent pour la première fois le luth arabe, la guitare flamenca et la guitare portugaise montrant ainsi la richesse des sons de chacun d’entre eux autant dans leurs différences comme dans leurs moments de synergie et d’empathie. Mais aussi d’une voix qui fédère ce tout, transcendant les frontières existantes entre ces peuples.
AMINA ALAOUI
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